Vénérable Archiconfrérie de la Miséricorde


La chapelle de la Miséricorde

Place de la Mairie
Monaco-Ville
Principauté de Monaco




La Chapelle de la Miséricorde est le siège et l’oratoire de la
Vénérable Archiconfrérie de la Miséricorde qui résulte de la fusion de
la confrérie des pénitents blancs avec celle des pénitents noirs. Cette
fusion eut lieu en 1813. Leur prieur d’honneur est toujours le Prince
Souverain et leur Président le curé de la Cathédrale.



Histoire et Patrimoine

 
Qu’est-ce qu’une confrérie de pénitents ?
Une confrérie de pénitents est un groupe de laïcs catholiques se
réunissant pour des motifs essentiellement spirituels au sein d’une
association. Priant régulièrement ensemble, les pénitents sont investis
depuis des siècles dans des oeuvres de charité qui varient selon les
lieux et les groupes. Ils entretiennent traditionnellement une chapelle
distincte de l’église paroissiale où ils pratiquent leurs dévotions.
Dès le XVe siècle une confrérie se crée à Monaco : c’est celle des
pénitents blancs, appelés aussi les flagellants blancs (« i batǜ gianchi »
en monégasque). Cette confrérie, la plus ancienne association pieuse
du Rocher avait établi son oratoire, consacré à Notre-Dame de la Pietà
ou Notre-Dame de la Compassion devant l’ancienne église paroissiale
de Saint-Nicolas détruite en 1874 pour y construire la Cathédrale.
Au début de l’année 1639, des divergences se sont manifestées au
sein même des pénitents blancs, pour un motif tellement futile qu’on
peut facilement imaginer que ces dissensions étaient préméditées : il
s’agissait en fait d’un simple désaccord sur l’emplacement de cierges
ou torches de cire blanche. Toujours est-il qu’au moment des faits,
une partie des pénitents quitta la confrérie et décida de s’établir
séparément dans la grande rue - actuelle rue Comte Félix Gastaldi -
pour fonder une compagnie distincte.
Ce fut là l’origine de la nouvelle confrérie dite des pénitents noirs
ou flagellants noirs de la Miséricorde (« i batǜ negri d’a Misericòrdia »
en monégasque) L’enthousiasme et la sincère conviction de ces
pénitents dissidents semblent avoir été communicatifs, puisque leur
groupe compta rapidement plus de soixante membres, hommes et
femmes.
Le Souverain Honoré II approuve tout de suite cette nouvelle
pieuse compagnie, accepte d’en être le premier prieur et lui permet
de s’établir provisoirement dans la chapelle Sainte-Barbe, sur la Place
d’Armes (aujourd’hui Place du Palais) où elle se réunit officiellement
pour la première fois le 22 mai 1639 en attendant la construction de
leur propre oratoire.
Le 23 juin 1639 les pénitents noirs participèrent pour la première
fois à la procession, le jour de la Fête-Dieu. Quelques jours auparavant,
le 13 juin 1639, en présence du Prince Souverain et de son fils Hercule,
après la messe chantée en l’église Saint-Nicolas, par le curé Don
Dominique Pacchiero, douze coups de canon ayant été tirés en guise
de salve, on se rendit processionnellement à l’endroit où se trouve
actuellement la chapelle de la Miséricorde. Là le prince Honoré II posa
la première pierre de l’édifice qui devait abriter la nouvelle confrérie
qui s’était placée sous les auspices de Notre-Dame de la Miséricorde.
La construction de l’oratoire ne fût terminée qu’en janvier 1646, et
l’on dit que c’est grâce aux dons généreux dictés par la piété édifiante
de ses membres que ce lieu de culte pu être progressivement aménagé
et embelli.
Entièrement tournée vers la charité et le service du prochain,
l’existence des pénitents noirs se poursuivit avec bonheur dans le cadre
du Rocher de Monaco, jusqu’à l’époque de la Révolution française.
L’anticléricalisme révolutionnaire qui exigeait que soient saisis
les biens des églises entraîna la dissolution des confréries ainsi que la
profanation et le pillage des lieux de culte. Progressivement le calme
revint et après beaucoup d’autres tracasseries administratives le 12
octobre 1813, Mgr Jean-Baptiste Colonna d’Istria, évêque de Nice,
dont dépendait alors la paroisse de Monaco, autorisa les confréries à
se réunir de nouveau à la seule condition qu’ils oublient leurs querelles
passées et s’unissent en une seule et même confrérie qui est celle qui
existe aujourd’hui sous le nom de Vénérable Archiconfrérie de Notre-
Dame de la Miséricorde.
Le dimanche 29 août 1824, en la fête de la décollation de Jean
le Baptiste, leur saint patron, les pénitents quittent la chapelle de
la Visitation qu’ils occupaient provisoirement depuis la création
de l’Archiconfrérie pour se rendre en procession à la Chapelle de la
Miséricorde enfin restaurée.
Des divergences subsistèrent au début. Mais un article des statuts
stipulait que le président de l’Archiconfrérie est de droit le curé de
la paroisse (autrefois Saint-Nicolas, de nos jours la Cathédrale) car il
fallait à la tête de la nouvelle confrérie une haute autorité religieuse
à qui tous devaient respect et obéissance pour régler les litiges qui
ne manqueraient de survenir au moment de la fusion. Les statuts
revisés de 1976 dans l’esprit de Vatican II ont maintenu cette règle.
Cette spécificité historique la différencie quelque peu des confréries
des pays voisins où le prieur est toujours un laïc. Donc bientôt tout
rentra dans l’ordre et les pénitents blancs et noirs ne formeront plus
qu’une seule et même famille qui pendant deux siècles continuera ses
oeuvres de foi, de piété et de charité.



La Chapelle


La chapelle de la Miséricorde inaugurée en 1646 redevint en 1824
le sanctuaire de la vie religieuse monégasque et le siège de la nouvelle
confrérie. Faisant partie du Patrimoine Municipal depuis la loi de 1930,
constituant le domaine public et privé de l’État et de la Commune, la
Mairie de Monaco n’a eu de cesse de rénover et d’embellir la chapelle
afin d’entretenir ce patrimoine créé depuis le XVIIe siècle grâce aux
legs et aux dons des pénitents et par une gestion habile des biens.
La Façade
Du milieu de la Place de la Mairie on peut admirer la statue
dorée, conforme au modèle très répandu de la Vierge des apparitions
de Lourdes, mains jointes, un chapelet au bras droit, qui du haut du
clocheton protège la vieille ville du Rocher et toute la Principauté.
Clocheton qui fut refait en 1878 sur un modèle identique à celui de
l’église de Sainte-Dévote.
En 1865 fut posée la nouvelle cloche offerte par le Prince Charles III
en souvenir de son épouse la Princesse Antoinette décédée le 10
février 1864 et dont elle porte le nom. Depuis ce jour là, en plus des
offices, elle annonce avec l’allégresse de son joyeux carillon ou bien
avec la tristesse de son glas, les bonnes ou les mauvaises nouvelles de
la Principauté.
On surmonta sa façade d’un fronton triangulaire dominé par une
petite croix en fer et percé d’un oeil-de-boeuf en son centre. En 1870
on y ajouta un écusson des Grimaldi surmonté de la couronne des
Princes Souverains. En 1877-1878, Charles Lenormand, architecte
de la nouvelle Cathédrale, modifiera le fronton par des volutes et
ornementations.
En 1909 le céramiste et peintre italien Ernest Sprega, fit poser
au-dessus de la porte d’entrée un tableau en céramique représentant
un pénitent et une pénitente de l’Archiconfrérie, en habit, aux pieds
de la Vierge de Miséricorde, avec au bas, en médaillon la Décollation
de saint Jean-Baptiste, fête de l’ Archiconfrérie, célébrée dorénavant
le 8 décembre, en même temps que l’Immaculée Conception, fête
patronale de la Cathédrale et du renouvellement du voeu du Prince
Honoré II de 1632 suite à la cessation de la peste.
On notera dans ce tableau que l’union des pénitents blancs et
noirs se manifeste dans leurs tenues traditionnelles : en effet les
pénitents sont revêtus d’une cape blanche, d’un camail noir à bords
et boutons rouges et d’un cordon noir et les pénitentes d’une cape
blanche, d’un camail blanc à soutache et boutons noirs, d’un cordon
noir et d’un voile noir.


La Nef
L’oratoire s’ouvre sur une nef unique pouvant contenir environ 250
personnes, formant un rectangle parfait d’une hauteur de 18,50 m
sous le milieu de la voûte. Le 30 octobre 2012, Son Altesse Sérénissime
le Prince Albert II a inauguré la voûte restaurée par le fameux artisterestaurateur
tchèque de monuments historiques, Maître Jiří Živný.
De part et d’autre de l’entrée de la chapelle, les panneaux,
précieusement conservés, où sont inscrits les noms et prénoms des
soeurs et des frères de l’Archiconfrérie à l’époque de la fusion des
pénitents blancs et noirs (1813). À gauche une vitrine contenant un
navire à voile miniature, autrefois suspendu au-dessus de la tribune,
le dernier survivant des nombreux ex-voto apportés là par des marins
reconnaissants ainsi que le moule comportant les instruments de la
Passion du Christ servant à la fabrication du Pain bénit pétri avec de
la pâte sans levain distribué traditionnellement par l’Archiconfrérie le
Vendredi-Saint après la procession du Christ-Mort.
De part et d’autre de la nef, la prière en monégasque de Louis
Notari à Notre-Dame de la Miséricorde reproduit à la fin de ce livret
avec sa traduction en français et le Salve Regina. Sous la voûte trois
niches, garnies en 1925 avec des statues en stuc de différents saints et
en-dessous les quatorze stations du chemin de croix (1751) du peintre
monégasque Laurent Maurice de Lima, dit aussi Delime et son fils
Antoine, restaurées en 1950 et 1951 par le peintre Scott.
Plus bas à droite deux niches vitrées contenant l’une des reliquaires
et une châsse en bois doré du XVIIe siècle contenant une relique de
Sainte-Dévote et l’autre un grand Christ sculpté en plein bois que
l’on expose pendant la Semaine Sainte et que la tradition populaire
attribue au sculpteur monégasque François-Joseph Bosio.
Près du choeur à droite le crucifix de procession. Face à l’entrée on
peut apercevoir la tribune et au fond un autre crucifix du XVIIe siècle
autrefois en tête de procession et qui, actuellement, ne quitte plus
son emplacement afin de le préserver. On notera aussi dans l’oeil-deboeuf
un vitrail représentant saint Jean-Baptiste le saint protecteur de
l’Archiconfrérie
Toujours près du choeur à gauche une niche vitrée contenant une
Vierge couronnée et vêtue de riches habits de soie qui provient de
l’oratoire des pénitents blancs (début du XVIIe siècle). Elle est revêtue
de vêtements noirs le Vendredi Saint.

 
Le Choeur
Dans le choeur, le maître-autel (début XVIIIe s.) incrusté de marbres
polychromes provient de la Chapelle Saint-Jean-Baptiste du Palais ;
déplacé à Saint-Nicolas en 1824, l’autel rejoint la Miséricorde en 1882
ainsi que les balustres et les marches.
Au-dessus du tabernacle, une Vierge de Miséricorde, réalisée
entre 1725 et 1727 en marbre blanc par un religieux barnabite génois,
le frère Stella, ainsi que les deux angelots qui l’entourent, sont les
seules sculptures qui proviennent de l’ancien oratoire des pénitents
noirs du XVIIIe siècle. Depuis 1953 la Vierge porte une couronne royale
en pierres bleues, vertes et violettes, exécutée par Max Momège
orfèvre à Sèvres.
Derrière l’autel, un grand tableau central représentant la
délivrance des âmes du Purgatoire par la prière à la Sainte-Trinité
et la Communion. Cette oeuvre, antérieure à 1641 car elle est ornée
des armoiries princières avec la Toison d’or que le Prince Honoré II
renvoya après l’expulsion des Espagnols, le 17 novembre 1641, doit
être probablement attribué à Jean-Baptiste Vento de Menton, peintre
au service du Prince Honoré II ou à son frère aîné Jacques. On peut
également voir les bourdons ou bâtons de pénitents et des lanternes
ou fanaux pour les processions (XVIIIe siècle).
De part et d’autre de ce retable, deux niches meublées de statues :
côté gauche, saint Honoré et côté droit, sainte Dévote ; ces statues
baroques ont été réalisées pour la chapelle palatine, puis tranférées à
Saint-Nicolas et, enfin, placées à la Miséricorde vers 1880.
À la même hauteur, sur les murs latéraux du choeur, deux autres
niches semblables de chaque côté ; faisant suite à saint Honoré : les
statues en stuc blanc de saint Jean-Baptiste et du Sacré-Coeur ; en face,
celles de sainte Anne et de saint Joseph, toutes quatre mises là en 1925.
Au-dessous de celles-ci, six tableaux qui rappellent la vie de saint Jean-
Baptiste, dans l’ordre suivant en partant de la porte de la sacristie : La
Visitation de la Vierge à sainte Elisabeth, la prédication, la nativité et
la décollation de saint Jean-Baptiste, le repas d’Hérode et le baptême
du Christ. Ces tableaux sont peut-être l’oeuvre du peintre Laurent
Maurice de Lima au XVIIIe siècle.
En 1953 furent achevées sur la voûte du choeur les magnifiques
fresques du maître réputé, Charles Rocher de Gérigné, qui représentent
l’ Assomption de la Sainte Vierge avec le blason et la devise de la
Principauté de Monaco «Deo juvante» (avec l’aide de Dieu) portés
par deux angelots et, en soubassement, un triptyque retraçant les
trois principales activités de la confrérie (l’ensevelissement des morts,
l’assistance aux prisonniers et aux malades).
Près des balustres à droite une Vierge en bois dorée que l’on porte
en procession. Cette statue daterait, dit-on, du XVIIIe siècle et Mgr
Baud la vit sur l’autel de Saint-Sébastien en l’église Saint-Nicolas et à
gauche la Vierge de Savone, en bois polychrome, offerte à la chapelle
vers 1900 par Mgr Baud et attribuée à l’atelier génois d’Anton Maria
Maragliano (début XVIIIe siècle). Elle reprèsente l’apparition de la
Vierge Marie à Antonio Botta de Savone le 18 mars 1536.













Les pénitentes et pénitents d’aujourd’hui souhaitent voir leur
Confrérie maintenir un rôle actif et apprécié dans la vie religieuse de
leur pays et servir au développement d’un idéal de charité chrétienne,
à la fois par la prière, par l’exemple, par la participation aux grandes
manifestations de Foi et le soutien à des oeuvres caritatives. Ils y sont
encouragés par les marques constantes de bienveillance et d’intérêt
qu’ils reçoivent de leurs Prieurs d’Honneur, les Princes Souverains
de Monaco, toujours attentifs à ce que perdure tout ce qui aide à
maintenir la tradition et la culture monégasque.



 

Prière à Notre-Dame de la Miséricorde
de Louis Notari (1879-1961)


Santa Madona d’a Misericòrdia,
Mantegne-ne sciû d’u bon camìn
Mantegne-ne ün pàije e ün cuncòrdia
Üntra nui àutri e cun i nostri vijìn.
Prega per a nostra bela Terra benedita
Unde Diu n’à fau nasce e prusperà
Prega per chëli che n’an dau a vita
e chëli che devun ne guvernà.
Santa Devota e San Niculau
Patrui d’a nostra Roca tantu aimà
Cuma avì sempre fau drünt’u passau
Cunserve-ghe a pàije e a libertà.
Che sice cuscì

-оОо-

Notre Dame de la Miséricorde,
Maintiens-nous sur le bon chemin
Maintiens-nous en paix et en accord
Entre nous autres et avec nos voisins.
Prie pour notre belle Terre bénie
Où le Seigneur nous a fait naître et prospérer
Prie pour ceux qui nous ont donné la vie
et pour ceux qui doivent nous gouverner.
Sainte Dévote et Saint Nicolas
Patrons de notre Rocher tant aimé
Comme vous l’avez toujours fait par le passé
Conservez-lui la paix et la liberté.
Amen