Les Escapades de Jean-Pierre Debernardi 

La Cathédrale de Sospel

Sospel est situé dans le canton de Contes dans les Alpes-Maritimes. Niché à 350 mètres d’altitude il est situé au sud
du Parc National du Mercantour et de la Vallée des Merveilles. Il faut remonter au XIe siècle, en 1095, pour retrouver les premières traces écrites auprès des moines de l’île de Lérins faisant mention du nom de « Cespitellum ».
La première utilisation connue du nom de Sospel est relative à celle d’un habitat fortifié et date de 1157.


 

C’est en 1592 que furent terminés les travaux de la route carrossable entre Nice et Conti et qui passait par Sospel.
Cette route a été achevée par Emmanuel Ier, duc de Savoie. Sospel fut une cité très importante au Moyen-Âge avec le passage de la route du sel avec près de 3000 habitants à l’époque médiévale et 4000 au XVIIe siècle. 

Vous pourrez découvrir le Pont-Vieux, célèbre pont fortifé connu dans le monde entier. C’est l’un des derniers existant en Europe. Il fut bâti sur la voie Royale du Sel qui reliait Nice au Piémont au XIIIe siècle. Il a été reconstruit en partie aux XVe et XVIIe siècles et ses deux arches en 1951 suite à un bombardement allemand en octobre 1944. Contrairement aux idées reçues, il n’existe aucun document indiquant que ce pont ait servi de poste de péage entre le Piémont et la Méditerranée. La Collégiale Saint Michel existait déjà en 1229. Son église a été reconstruite au XVIIe siècle. C’est un des plus beaux édifices religieux de style baroque de la région



PACA et la plus grande des Alpes-Maritimes. Elle a entièrement été restaurée en 2014 et est classée Monument Historique depuis 1951.
Sospel devient un évêché en 1378 quand la ville fait allégeance au pape d’Avignon contre le pape de Rome. Trois évêques schismatiques y furent accueillis. Son église devient alors une Cathédrale, d’où l’explication de la cathédre en bois que l’on peut y voir. Sa construction au XVIIe siècle a entrainé la déstruction de l’ancienne église romane datant du XIIIe siècle dont il ne subsiste plus que le clocher. Jacques Thirion, historien, spécialiste de l’art médiéval et de la Renaissance a dit de lui "il semble se tenir comme un moine dans sa robe de bure aux côtés d’un évêque drapé dans la soie". La Cathédrale a été orientée à l’ouest et non pas à l’est, de façon à permettre la création de la grande place Saint-Michel constituée de galets blancs et gris avec au centre une magnifique rosace. Elle est utilisée de nos jours pour des cérémonies religieuses ou pour des manifestations culturelles qui sont très nombreuses à Sospel.

Sur la façade du Palais Ricci des Ferres autour de la place, anciennement Palais des barons Blancardi, figure une plaque qui commémore le passage du pape Pie VII le 10 août 1809 qui était en route depuis Grenoble pour aller à Savone. L’histoire a retenu un accueil très chaleureux et haut en couleur qui lui a été réservé par la population. Le roi Victor Emmanuel et la princesse Pauline, soeur de l’empereur Napol.on ont aussi .t. accueillis dans ce Palais. La place Saint-Michel a souvent servi dans le cadre de films en costumes (Un sac de billes, Le Masque de fer, Fanfan la Tulipe…).



La Cathédrale abrite, entre autres, dans la Chapelle Notre-Dame de la Pietà, le retable de la Vierge de la Pietà peint par un anonyme provençal vers 1480, et le retable dit de "la Vierge Immaculée" réalisé en 1520 et attribué à François Brea. 

Le retable de la Vierge de la Pietà a été réalisé lors de l’union de la Confrérie des Pénitents Blancs et de celle de sainte Catherine. On peut y découvrir la plus ancienne représentation de Pénitents blancs dans le Comté de Nice. 

Cet autre retable à trois volets est consacré à la Vierge Immaculée. Il est attribué à François Brea. Il est le seul retable niçois consacré à la Vierge. Au centre, Marie est représentée debout entourée de six petits anges musiciens.

Vous pourrez également découvrir un magnifique tabernacle orné d’onyx (voir détail page suivante). 
Après avoir quitté la Cathédrale Saint-Michel et enjambé le Pont Vieux, je vous invite à découvrir la place Saint-Nicolas. C’est une ancienne place médiévale entourée
d’arcades où se trouvait le Palais Communal. Une magnifique fontaine permettait aux habitants de Sospel de s’y rafraîchir.


 

La cité de Sospel a accueilli de nombreuses Confréries de Pénitents encore très actives aujourd’hui. Ainsi autour de la Cathédrale Saint-Michel vous pourrez découvrir la Chapelle de l’Immaculée-Conception des Pénitents gris et celle des Pénitents rouges. La petite Chapelle Sainte-Croix place Sainte-Croix, accueille la Confrérie des Pénitents blancs, et place Saint-François, et la Chapelle Saint-Eloi celle des Pénitents Noirs. Sospel a aussi abrité la Confrérie de Pénitents bleus du Saint-Sépulcre mentionnée en 1460 et disparue au XVIIe siècle. Je vous invite à découvrir la Chapelle des Pénitents blancs et son petit Musée sur l’histoire religieuse des anciennes Confréries Sospelloises. Pour cela, téléphonez à l’office du Tourisme pour prendre rendez-vous avec les bénévoles qui entretiennent cette Chapelle.

Cette Confrérie, une des plus anciennes du Comté de Nice, possédait un oratoire où brûlait en permanence une lampe. Elle a fusionné au XVe siècle avec une Confrérie féminine dédiée à sainte Catherine d’Alexandrie.
A l’intérieur vous pourrez y découvrir une très belle fresque qui représente des instruments de musique, chose rarissime dans un lieu de culte. Le petit Musée vous permettra de découvrir des habits anciens portés par des Pénitents ainsi que des gonfalons, lanternes, bannières, bâtons de prieurs, …des différentes Confréries. 

Je vous invite également, en vous rapprochant de l’Office du Tourisme pour connaître les périodes et les horaires de visite (04 83 93 95 70), à découvrir les forts qui entourent Sospel. Le fort Saint-Roch qui est un ouvrage de la ligne Maginot et aménagé en Musée, le fort Barbonnet construit à partir de 1883 qui en a fait l’un des ouvrages les plus cuirassés de France, et le fort de l’Agaisen construit en 1930 dont la machinerie est toujours en  état de fonctionner. 

Pour terminer, je tiens à remercier chaleureusement Isabelle Osché, adjointe au maire de Sospel, déléguée à la culture, au tourisme et au patrimoine. Grâce à cette véritable passionnée, j’ai pu appréhender toute la richesse patrimoniale de ce village et je ne peux que vous inviter à aller le redécouvrir en espérant que la lecture de cette
petite chronique vous en donnera l’envie.



Le Tabernacle

En présence de Marie-Christine Thouret, maire de Sospel, d’Isabelle Osché, adjointe déléguée à la culture, au tourisme et au
patrimoine, et de Jacques Joncour, délégué départemental adjoint des Alpes-Maritimes à la Fondation du Patrimoine, j’ai eu le privilège d’assister au retour après restauration du Tabernacle de bois réalisé au XVIIIe siècle. Il a remporté le grand Prix
"Pèlerin des Médias" pour l’année 2018 et est classé Monument Historique au titre d’objet depuis 1994. Ce tabernacle qui date
de 1746 est signé par Luigi Prinotto un des plus grand ébéniste de la Maison de Savoie.

Au bout de près de deux années de restauration sous la direction de Philippe Capron, conservateur-restaurateur de biens culturels, agréé par les Monuments Historiques et Musées de France, il a
pu reprendre sa place dans la Chapelle latérale de la Pietà au sein de la Cathédrale Saint-Michel, le 9 mars 2020. Le tabernacle provient probablement d’un ancien Couvent des Capucins à Sospel.

Il est orné de bois sculptés et dorés et de marqueteries de bois précieux, d’ivoire et de nacre. Le panneau central représente la mise au tombeau, le panneau de gauche représente le baptême du Christ, et celui de droite, une scène du jardin des oliviers. Deux colonnettes en onyx avaient été volées, des ornements, des marqueteries et de la dorure étaient manquantes, l’ensemble était en proie aux insectes xylophages.

L’extrême rareté d’une telle oeuvre a justifié un projet de restauration et de mise en valeur. La mairie de Sospel et la Fondation du
Patrimoine avec l’appui de Stéphane Bern, ont alors lancé une souscription publique qui a permis de recueillir plus de 4.500 euros,
pour un coût d’environ 16.800 euros auxquels se sont rajoutés un financement de la DRAC de 6700 euros, 5000 euros du Concours du Pèlerin, et 700 euros versés par la Fondation du Patrimoine. Cette dernière est intervenue à la suite de la restauration de la Cathédrale
qui avait été entreprise il y a quelques années et pour laquelle elle avait déjà apporté son concours.

Philippe Capron, conservateur-restaurateur de biens culturels, a restauré cet objet en équipe avec d’autres restaurateurs : un ébéniste qui a repris les placages, un sculpteur qui a travaillé sur les ornements en bois dorés, un polychromiste qui a travaillé sur les colonnes.

 




Dans quel type de restauration êtes-vous spécialisé ?
Je suis spécialisé dans les bois dorés, et je suis habilité à traiter des problèmes différents, avec des restaurations complexes aidé par des gens compétents. Le restaurateur est habilité à gérer des biens culturels qui peuvent être en marbre, en bois, et on arrive à les gérer avec des technologies différentes et des personnes qui connaissent bien leur métier.

Faut-il une habilitation particulière pour restaurer de tels objets ?Il faut être diplômé, et en France depuis huit ou neuf ans, être habilité pour toucher des objets précieux.

Combien de temps a pris la restauration de ce Tabernacle ?Cela fait un peu plus de deux ans que nous l’avons, mais nous avons passé pas mal de temps à nous organiser et à préparer le travail de restauration. C’est une phase qui est nécessaire, mais très longue. Le meuble a aussi bénéficié d’un traitement par anoxie, pour éradiquer les insectes, principalement en été car on les éradique plus facilement en été qu’en hiver. Cette technique est adaptée pour le traitement d’objets sensibles qui ne peuvent être traités par les méthodes classiques comme la pulvérisation d’insecticides. De ce fait pendant trois ou quatre mois on ne pouvait travailler sur le Tabernacle.

En quoi a consisté la restauration en elle-même ?
Il a fallu refaire tous les plaquages latéraux, deux colonnettes manquaient, les dorures étaient cassées, les crosses abimées, il y a eu beaucoup de travail dessus.

 

Utilisez-vous les mêmes techniques que ceux qui ont créé ce Tabernacle ?

Tout à fait, pour une grande partie. Nous sommes tenus de d'écrire ce que nous faisons, même si nous avons une certaine liberté par rapport à ce qu’on a prévu, car parfois nous tombons sur des choses qui n’étaient pas connues au départ. Nous avons été aidés et guidés par un Inspecteur des Monuments Historiques qui est venu dans notre atelier du Tarn pour voir les travaux.

Jean-Pierre Debernardi