Homélie par Son Excellence Monseigneur Bernard Barsi
Archevêque de Monaco



L’évangile de ce jour peut paraître étrange pour une fête nationale : dix lépreux atteints de cette maladie invalidante qui entraînait le bannissement de la communauté humaine sont guéris par Jésus. 
Un seul de ces malades, un étranger de surcroit, revient sur ses pas pour remercier Jésus qui lui a accordé la grâce de la guérison. L’ancien lépreux, libéré de son mal implacable chante alors la gloire de Dieu ! 
L’épisode évangélique que nous venons d’entendre est une illustration de la puissance de la foi en Jésus qui accomplit des miracles mais également une invitation à pratiquer envers Dieu, reconnaissance et gratitude.  
 
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Tout ce qui nous arrive de bon dans notre existence personnelle ou communautaire peut être considéré comme un effet de la grâce de Dieu. Car Dieu qui est la Bonté même, ne peut que vouloir le bien, le bonheur de ses créatures. C’est dans le bien que la personne humaine trouve sa vraie liberté face au mal, au péché et à la haine. Dans sa lettre aux Galates (5,13-14) l’Apôtre Paul nous le dit explicitement : « vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ga 5,13-14).
Parmi les bontés reçues de Dieu, nous avons accueilli la vie, son alliance et sa fidélité, sa miséricorde, la connaissance de son amour, le salut en Jésus-Christ. Dieu nous a donné également la nature, la terre notre maison commune. Elle est aujourd’hui en danger, il nous faut la sauvegarder. A travers la grandeur et la beauté des créatures, nous pouvons contempler, par analogie, leur Auteur, Dieu. 
Aussi avec les hommes de la Bible, nous rendons grâce au Seigneur pour ses merveilles : Il est bon ! Éternel est son amour !
 
En ce jour de fête nationale, prenons conscience qu’à Monaco nous avons reçu des grâces. Dieu dans sa bonté a établi, SAS Albert II, Prince de son peuple. Ce don de Dieu, depuis au moins le Prince Honoré II au début du XVII° siècle est mentionné en tête de tous les documents officiels : « Nous, par la grâce de Dieu, Prince Souverain de Monaco ».  Cette formule a un sens, elle nous renvoie au passé de la Principauté, nous parle encore pour notre présent et nous projette dans l’avenir. 
Sous le gouvernement de ses Princes qui ont toujours été les protecteurs de leurs populations et les garants de leur vie en paix, Monaco a connu et connaît un grand rayonnement. Au milieu des rivalités, des ambitions personnelles, des convoitises du monde et des aléas de l’histoire, les Princes ont su défendre la souveraineté de notre pays.
 
Oui, Princes de Monaco « par la grâce de Dieu », nos Souverains successifs ont pu voir l’effet de ces bontés dans leur maintien multiséculaire sur notre Rocher. 
 
Deo juvante – Avec l’aide de Dieu. Ces mots flottent sur le pavillon princier et sur le pays. Ils témoignent aux yeux du monde – mais d’abord et principalement aux nôtres – de la présence de la foi en Dieu et de l’apport de son Église dans le tissu historique de notre Principauté.
L’autorité dont jouit le Prince sur son peuple tient de Dieu. Par la bénédiction divine et l’incarnation dans l’histoire, le Souverain devient la tête unique d’un unique corps, ainsi il n’y a pas d’un côté le Prince et de l’autre le peuple.
 
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Quand on reçoit une grâce, il convient de savoir dire merci, de « rendre grâces ». C’est précisément ce que nous faisons tous, ici, en ce jour de Fête nationale. En chantant tout à l’heure le Te Deum nous remercierons Dieu pour tous les bienfaits dont il nous a comblés, pour les épreuves dont il nous a épargnés. Nous lui dirons merci pour le Prince Albert, pour son épouse la Princesse Charlène, ses enfants les Princes Jacques et Gabriella et l’ensemble de la famille princière, les descendants des Grimaldi.
Une grâce se cultive et s’entretient. Chacun de nous personnellement, chacune des autorités et institutions publiques de notre pays a le devoir moral de travailler à l’unité du pays, « à cultiver le dialogue et la recherche permanente du consensus sans lequel, à Monaco, rien de solide et de durable n'est possible » (cf. Interview de SAS Albert II au journal « Le Figaro », 17 novembre 2006), « à porter une attention particulière aux enseignements de notre religion d’État » ( cf. discours de SAS Albert II devant le Conseil national, 23 juin 2006)
Nous avons le devoir de faire fructifier les talents dont la Providence nous a gratifiés, en restant fidèles à notre foi et à cette grâce divine des origines, en partageant avec tous ceux qui sont dans le besoin et moins favorisés que nous. En effet, impossible de nous replier sur nous-mêmes, impossible de fermer nos cœurs aux hommes et aux femmes qui souffrent autour de nous. Souvenons-nous des paroles de Jésus : « À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup » (Lc 12,48) et « chaque fois que vous avez fait le bien à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).
 
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Cette année, la Princesse Grace aurait célébré le 90° anniversaire de sa naissance tandis que le Prince Rainier son époux, le 70° anniversaire de son accession au trône de Monaco.  Au cours de notre messe, dans le souvenir vivant de leurs riches personnalités, nous les unissons à notre prière.  
 
Qu’en ce jour de fête et de joie, Dieu bénisse le Prince Albert. Il est Prince Souverain de Monaco par grâce divine. 
Que Dieu bénisse la Famille Princière, la Principauté et tous ses habitants, ses résidents et ceux qui y travaillent ou la traversent pour leurs loisirs. 
Nous tous, bénissons Dieu. Partout il fait de grandes choses. Que la paix règne sur Monaco et sur notre monde, aujourd’hui et pour toujours.

(Photo : © Direction de la Communication)