S.E. Monseigneur Dominique-Marie DAVID
Archevêque de Monaco

HOMÉLIE
COMMÉMORATi0ON DES FIDÈLES DÉFUNTS

Cathédrale de Monaco
2 NOVEMBRE 2020

« Pourquoi Simone, Nadine et Vincent ont-ils rejoint la trop longue liste des victimes
d’un terrorisme aveugle et démoniaque ? »


Hier, avec la solennité de la Toussaint, nous avons déjà été plongés dans la réalité du monde
invisible. En faisant mémoire de tous les saints et en nous émerveillant pour l’oeuvre de la grâce
en chacun d’eux, nous nous sommes placés sous le signe de l’espérance. Et voilà qu’aujourd’hui,
sans perdre de vue le grand mystère du Christ mort et ressuscité pour notre salut, nous
intercédons pour tous nos frères et soeurs défunts. J’aimerais revenir sur la première lecture. Vous
l’aurez remarqué, ce texte commence par une liste de questions : « Qui sera contre nous ? Qui
accusera ? Qui pourra condamner ? ». La Bible est pleine de questions, parce que le coeur de
l’homme n’a jamais fini de s’interroger. Et, depuis quelques jours, les questions se multiplient :
pourquoi ces crimes horribles à quelques kilomètres de nous, pourquoi un tel déchaînement de
violence ? pourquoi une telle perversion de la foi en Dieu ? Pourquoi Simone, Nadine et Vincent
ont-ils rejoint la trop longue liste des victimes d’un terrorisme aveugle et démoniaque ?

« La certitude de l’apôtre, c’est qu’aucune épreuve intérieure ou extérieure à l’homme ne peut le
séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus. »


Pourtant les questions de l’Apôtre ne résonnent pas dans le vide : il nous rappelle que nous ne
sommes pas condamnés à errer dans les ténèbres du mal et de la peur. Nous ne sommes pas sans
lumière. Hier soir, au moment où nous entrions dans la Basilique Notre Dame de Nice pour la
cérémonie, nous étions revêtus de vêtements liturgiques violets et la procession s’est déroulée
dans l’obscurité, en silence. Temps du deuil, de la pénitence et de la réparation face à l’horreur qui
a marqué ce lieu destiné à être signe d’accueil, de paix, d’amour et de réconciliation. Mais après ce
premier temps, nous sommes entrés dans la liturgie de la Toussaint et tous les évêques et prêtres
présents ont échangé leurs ornements violets pour des vêtements blancs et nous avons chanté le
Gloria au moment où toutes les lumières de la Basilique s’allumaient, témoins de l’Espérance audelà
de la tristesse, de l’amour au-delà de la haine, de la vie au-delà de la mort. La certitude de
l’apôtre, c’est qu’aucune épreuve intérieure ou extérieure à l’homme ne peut le séparer de l’amour
de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. « Qui pourra nous séparer de l’amour du
Christ ? La détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le
supplice ? Et nous pourrions compléter la litanie avec tout ce qui, en ces jours défie notre raison,
trouble notre coeur et met à l’épreuve notre foi. Voilà le paradoxe de la foi chrétienne… « En tout
cela, nous sommes les grands vainqueurs, grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude … »

« Puissions-nous en ces jours d’épreuve et de
douleur faire l’expérience que rien ne peut nous
séparer de la puissance d’amour du Christ
ressuscité ! »


Parmi toutes les questions qui habitent nos coeurs, parmi toutes les épreuves qui traversent nos
vies, la question la plus fondamentale, l’épreuve, la plus radicale est bien celle de la mort. Alors,
demandons la grâce de partager la conviction, la certitude du saint apôtre Paul : « ni la mort, ni la
vie, ni le présent, ni l’avenir, rien ni personne ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu ». Le
mystère de la communion des saints ne trouve pas sa raison d’être dans une vague solidarité
humaine, mais dans le fait que nous sommes tous membres du Corps du Christ, intimement uni à
lui, et par lui, avec lui et en lui, indéfectiblement unis les uns aux autres, nous qui sommes encore
en pèlerinage sur la terre, les saints du ciel dont nous avons fait mémoire hier et les défunts pour
qui nous intercédons particulièrement aujourd’hui (afin que la miséricorde de Dieu poursuive son
oeuvre en eux). Puissions-nous en ces jours d’épreuve et de douleur faire l’expérience que rien ne
peut nous séparer de la puissance d’amour du Christ ressuscité et que rien ne peut nous séparer
de nos frères puisque nous sommes tous membres d’un même corps. Nous avons tous besoin les
uns des autres et dans cet échange des dons nous sommes à la fois portés et porteurs.

En cette messe en mémoire de Simone, Nadine, Vincent et de tous nos frères et soeurs défunts, le
Christ se révèle une fois de plus comme le bon berger avec qui nous pouvons traverser les ravins
des ténèbres et de la mort. Reconnaissons qu’il est pour eux et pour nous le chemin, la vérité et la
vie, remettons avec confiance entre ses mains l’âme de nos frères et soeurs défunts et invoquonsle
d’un seul coeur : Seigneur Jésus, ressuscité d’entre les morts, conduis nos frères vers la maison
du Père pour qu’elle soit leur maison pour l’éternité, pour qu’ils soient dans la joie et la paix pour
toujours, pour qu’ils soient avec toi pour toujours !

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