HOMÉLIE de Mgr Dominique-Marie DAVID
Archevêque de Monaco
 
À l’occasion de la fête de Sainte Barbe, 
patronne du Corps des Sapeurs-Pompiers de Monaco
Cathédrale - le 4 décembre 2020
 
 
 
« Savoir prendre des risques »

 
Nous aimerions tant vivre en paix, sans souci, sans devoir porter le poids des épreuves qui nous atteignent malgré nous – parfois à cause de nous. Autant d’aspirations légitimes qui motivent la majorité de nos choix, de nos décisions et de nos actions, qui nourrissent tant de nos espoirs. Mais il est un rêve plus diffus, moins explicite, un rêve qui s’est considérablement développé ces dernières décennies : le rêve d’une vie sans risque, où tout est assuré, garanti, protégé, remboursé.
 
Nous avons devant nous une jeune fille du 3ème siècle originaire de Bythinie, qui a vécu sous le règne de l’empereur Maximien… et qui a pris des risques. Voilà que son père Dioscore décide la marier à un homme de son choix. Barbe – puisqu’il s’agit bien d’elle – refuse et décide de consacrer sa vie au Christ.
Pour la punir, son père l’enferme dans une tour à deux fenêtres. Mais un prêtre chrétien, déguisé en médecin, s’introduit dans la tour et la baptise. Au retour d’un voyage de son père, Barbe lui apprend qu’elle a percé une troisième fenêtre dans le mur pour représenter la Sainte Trinité et lui révèle ainsi qu’elle est devenue chrétienne. Furieux, le père met le feu à la tour. Barbe réussit à s’enfuir, mais un berger découvre sa cachette et avertit son père. Ce dernier la traîne devant le gouverneur romain de la province, qui la condamne au supplice. Comme la jeune fille refuse d’abjurer sa foi, le gouverneur ordonne au père de trancher lui-même la tête de sa fille. Elle est d’abord cruellement torturée, mais tient bon. Finalement, Dioscore la décapite et est aussitôt châtié par le ciel : il meurt frappé par la foudre. Quant au berger qui l’a dénoncée, il est changé en pierre et ses moutons en sauterelles. Au-delà de tous les éléments spectaculaires et parfois légendaires qui ont entouré le récit de la vie de Ste Barbe, nous voyons en elle ce que signifie risquer sa vie… risquer sa vie pour un idéal plus grand que soi !
 
Si saint Barbe est, selon une tradition ancienne, patronne des sapeurs-pompiers, c’est sans doute à cause de l’incendie de la tour dont elle a pu échapper. Mais c’est aussi à cause d’un feu intérieur qui lui a fait prendre des risques. Le feu de l’amour du Christ qui l’avait saisi et à qui elle a voulu rester fidèle, quels que soient les risques. Oui, chers amis, chers frères pompiers, vous avez une Sainte Patronne de feu !
 
Laissez-moi vous remercier fraternellement : alors que nous nous soucions de notre propre existence, vous vous préoccupez de celle des autres ! Alors que nous aimerions fuir les dangers, vous les affrontez! Alors que nous oublions le sens des mots « courage, dévouement, sacrifice », vous les choisissez comme devise ! Une société sans prise de risque serait de facto une société sans  sapeurs-pompiers, mais sans eux, la vie deviendrait infiniment risquée, n’est-ce pas ? De fait, ils ne font pas qu’éteindre les feux. La lutte contre l’incendie représente un petit pourcentage de leur activité, l’essentiel consiste à porter secours aux personnes blessées, menacées, malades, en détresse. Pour tout cela, merci. L’évolution de votre profession, chers amis, fait que vous êtes devenus les professionnels du risque avec toutes les contraintes que cela comporte. En cette occasion, nous ne saurions oublier vos frères pompiers qui se sont dépensés pour la sauvegarde des personnes, des biens et de l’environnement, qui sont allés jusqu’au don total de leur vie pour en sauver d’autres. Parmi eux, nous avons une pensée particulière pour les deux pompiers victimes de la tempête Alex, si près de nous. 
 
Alors que le pape François nous encourage à redécouvrir la nécessité et l’urgence d’une vraie fraternité universelle, les sapeurs-pompiers nous encouragent à être les gardiens de nos frères (Gn 4, 9). Nous ne pourrons pas être les gardiens de nos frères sans risque, sans courage, sans dévouement, sans sacrifice. Pour tout cela… et pour le reste : merci ! Voilà pourquoi aujourd’hui, chers amis, nous prions pour vous et avec vous. Je suis sûr que sainte Barbe vous entoure de son affection, vous et vos familles. Je suis sûr qu’elle prie pour vous le Seigneur, afin qu’en ce jour il vous éclaire de sa présence et vous fortifie par son amour.