HOMÉLIE de Mgr Dominique-Marie DAVID
Archevêque de Monaco
 
À l’occasion de la fête de Sainte Dévote,
patronne de la Principauté
27 JANVIER 2021

 
 
Nous voici donc réunis autour de notre chère patronne Sainte Dévote. 
Souvenez-vous : il y a un an, vous étiez réunis autour de celui qui devenait votre archevêque émérite et faisiez monter vers le Seigneur une immense action de grâce pour ses 20 ans d’épiscopat à Monaco. Il y a un an, j’étais déjà nommé archevêque de Monaco et m’apprêtais à faire mes premiers pas en Principauté, mais je savais devoir patienter de long mois avant de vivre cette célébration avec vous.
J’ai donc attendu ce jour avec impatience... et, je dois l’avouer, avec un peu d’inquiétude, ne sachant pas quelle forme prendrait ces festivités. 
 
Nous voici donc réunis et nous en sommes heureux. Bien sûr, nous portons le poids d’une année lourde et les jours à venir sont encore incertains. Peut-être nous sentons-nous un peu perdus, sans savoir qui croire et ce que nous pouvons encore espérer. Alors, au début de cette année 2021, est-il encore raisonnable de mettre notre confiance en une toute jeune fille des premiers siècles de notre ère ? Que signifie pour nous une telle célébration ?  
 
Il s’agit d’abord de reconnaître en Ste Dévote le don qui nous a été fait.
Personne n’est allé la chercher. Ste Dévote est venue jusqu’à nous. En rejoignant un jour de l’an 304 la terre qui nous est chère, elle nous rappelle encore aujourd’hui l’amour prévenant de Dieu. N’ayons pas peur de le dire : l’alliance indéfectible entre la Principauté et sa sainte patronne est fondée sur l’initiative de Dieu même. Ste Dévote est patronne de la Famille Princière, de notre pays et de notre diocèse… par la grâce de Dieu. En ce jour, puissions-nous faire monter notre louange vers le Seigneur, lui exprimer notre profonde gratitude et ne jamais nous habituer à ce cadeau du ciel !
 
Puis, contempler en Ste Dévote l’œuvre de Dieu
La première lecture affirmait : « les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n’a de prise sur eux ». En notre bien-aimée patronne, nous voyons Dieu à l’œuvre, nous contemplons Dieu qui déploie sa puissance dans la faiblesse. On croyait la jeune Dévote vaincue, Dieu la rend victorieuse. Comme le rappelait la première lecture : « au regard des hommes, elle a subi un châtiment, mais l’espérance de l’immortalité la comblait ». Plus nous nous confierons à Ste Dévote, plus nous nous rapprocherons du Christ Jésus, Celui qu’elle a aimé et servi jusqu’à la mort. Avec elle, nous nous retrouverons tous dans la main de Dieu, sûrs que ni la mort ni la vie, rien ni personne ne pourra nous séparer de son amour !
 
Enfin, suivre, avec elle, le chemin du don de soi, dans la foi et par amour.
Face au déchaînement de ses bourreaux, Ste Dévote n’avait que deux armes : sa foi et son amour. L’arme de la foi tout d’abord. C’est ce que rappelle saint Jean dans la deuxième lecture : « La victoire remportée sur le monde, c’est notre foi ». Frères et sœur, chers amis, croyons-nous ? Et si nous croyons, croyons-nous en mode « light » ou en mode « Ste Dévote » ? Nous avons raison d’être fiers de notre histoire, de notre culture, de notre identité et être déterminé à les préserver y compris dans leur dimension religieuse. 
Peu de temps après mon arrivée à Monaco, quelqu’un m’avait accueilli en me disant : « Monseigneur, si vous avez apporté votre logiciel franco-français, vous allez devoir le changer très vite : ici, à Monaco, Dieu est toujours à l’horizon ». En tant qu’archevêque de Monaco, je me réjouis de découvrir la Principauté dans tout ce qui la constitue, mais mon souhait le plus profond est que Dieu ne soit pas seulement à l’horizon de nos vies. Demandez à notre cher skipper Boris Hermann s’il envisage les Sables d’Olonne comme un simple horizon ou comme son but le plus cher. Puissions-nous accueillir le Seigneur comme notre bien le plus cher ; puissions-nous grandir dans la foi ; puissions-nous également apprendre à aimer : apprendre à aimer Dieu pour de vrai (et nous avons encore du chemin à faire pour l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre force) ; puissions-nous apprendre de lui à nous aimer les uns les autres. Des amis extérieurs à Monaco m’interrogent souvent sur la spécificité de Monaco. J’aimerais pouvoir le faire non seulement en citant l’article 9 de la Constitution, mais en disant de la Principauté ce qu’on disait des premiers chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment » (et nous avons encore du chemin à faire pour que la bienveillance fraternelle soit notre signe distinctif et le ciment solide de toutes nos constructions à venir).  
 
Mais nous ne sommes pas seuls. Dieu est fidèle et il nous attend. Pour nous apprendre à croire et à aimer, pour soutenir notre détermination, notre courage et notre espérance, il nous donne cette jeune fille des temps anciens pour qu’elle nous porte encore aujourd’hui.
 
Laissons-nous conduire par notre sainte Patronne, prenons la main de Sainte Dévote, à la manière dont Charles Péguy invitait à saisir la main de la petite sœur Espérance. J’en suis sûr, c’est elle qui nous gardera, c’est elle qui nous portera, c’est elle qui nous conduira.
 
Santa Devota prega per nui !
Santa Devota sempre con nui !

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