S.E. Monseigneur Dominique-Marie DAVID
Archevêque de Monaco

HOMÉLIE
70 ANS DE PRÉSENCE DES OBLATS DE SAINT FRANCOIS DE SALES

PAROISSE SAINT-CHARLES de Montecarlo
Dimanche 15 novembre 2020
 
 

 Au début de cette messe nous avons prié avec l’oraison suivante : « Accorde-nous, Seigneur, de trouver notre joie dans notre fidélité : car c’est un bonheur durable et profond de servir constamment le Créateur de tout bien ». « Fidélité et joie, service et bonheur ». Voilà qui nous encourage à exprimer notre gratitude à tous nos frères Oblats de S. François de Sales qui, depuis 70 ans, ont servi le diocèse de Monaco et cette paroisse St Charles, cette mission dans l’esprit de S. François de Sales et selon l’impulsion du Bienheureux P. Louis Brisson.
 
En découvrant la première lecture de ce 33ème dimanche du Temps ordinaire, j’ai d’abord été perplexe : « Une femme parfaite, qui la trouvera ? ». Cette question est bien éloignée de ce qui nous rassemble aujourd’hui, mais, si nous resituons ce passage dans le contexte du livre des Proverbes, nous comprenons qu’il s’agit de l’illustration d’un thème plus général. Le livre des Proverbes fait traditionnellement partie des « Ecrits de Sagesse ». Répondant aux neuf premiers chapitres qui l’ont ouvert en faisant justement l’éloge de la Sagesse, le livre des Proverbes se conclue par le chapitre 31 s’intitulant la « femme parfaite » (ou la « femme vaillante »). De fait, pour la Bible, le rôle de la femme est d’être gardienne de la sagesse. Une sagesse qui, on le voit dans ces versets, est un savoir-faire – on pourrait même dire un art – dont l’exercice apporte le bonheur à ceux qui en bénéficient. Un art qui, nous l’espérons, n’est pas réservé aux femmes. Nul doute qu’en parcourant les 70 années de présences des Oblats de St François de Sales à Monaco et à St Charles, nous trouvions des traces de sagesse. Rendons grâce à Dieu pour tous ceux qui, en ce lieu de Saint Charles ont exercé l’art de la sagesse pour le bien de ceux qui leur étaient confiés.
 
Le psaume élargit le champ de la première lecture : sont évoqués tour à tour l’homme, la femme, les enfants… ce qui fait de ce psaume le psaume familial par excellence. Chacun à sa place, est invité à la reconnaissance et à l’action de grâces pour la fidélité de Dieu qui donne à chacun de porter du fruit : grâce à Dieu, l’homme peut se réjouir du travail de ses mains ; grâce à Dieu, la femme peut enrichir sa maison comme une vigne généreuse, grâce à Dieu, les enfants, tels de jeunes plants d’olivier soutiennent l’espérance de leurs ainés. Peut-être cette description idéale ne correspond-elle pas à la réalité quotidienne de nos familles… ou de nos paroisses, mais nous sommes tout de même invités à rendre grâce les nombreux fruits portés par pour tous ceux qui, en ce lieu, ont su cultiver, année après année, cet esprit de famille qui soutient et accompagne fidèlement la croissance de tous.
 
Depuis plusieurs dimanches et à l’approche de la solennité du Christ-Roi (donc de la fin de l’année liturgique), la liturgie nous invite à méditer sur le mystère de la venue du Seigneur. Or cette venue se prépare. Le bonheur dont nous parlait le psaume ne rime pas avec la négligence ou le sommeil, mais avec l’attention et la vigilance. À celui qui vit dans l’amour, le temps est offert. À celui qui ne vit pas dans l’amour, le temps est compté. À celui qui veille dans l’amour, il n’est pas nécessaire qu’on lui parle « de délais ou de dates » : « pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin que je vous en parle ». A celui qui s’endort dans le sommeil de l’indifférence, il ne reste qu’à profiter d’un monde qui lui échappera toujours trop tôt. L’invitation que Dieu nous fait aujourd’hui ne consisterait-elle pas à transformer le temps qui nous est offert en amour donné et partagé ? L’Evangile des talents ne confirme-t-il pas cette invitation ? Qu’est-ce qu’attendre le retour du maître :  n’est-ce pas faire fructifier sans attendre, aujourd’hui, les dons qu’il nous a confiés comme à ses serviteurs ? 
 
Le moment est donc venu de rendre hommage aux serviteurs que Dieu a envoyé en Principauté et qui ont mis leurs talents et qui continuent de mettre leurs talents au service de l’Évangile.
 
Revenons maintenant au thème de la sagesse. La première étape de la sagesse selon Dieu, c’est reconnaître les dons reçus, c’est prendre le temps de les goûter, c’est prendre le temps d’exprimer notre reconnaissance, à tous ceux qui nous ont aidé à les accueillir – et je pense en particulier à tout ce que nous avons reçu de vous, chers frères Oblats.
La deuxième étape de la sagesse est la suivante : ayant goûté et vu comme le Seigneur est bon, ayant été brûlés au feu de l’amour de Dieu, nous sommes appelés à collaborer à son œuvre de salut et de bonheur pour le monde et pour chacun de ses enfants. Merci, chers frères Oblats, par votre exemple et votre témoignage vous nous avez aidé à être, avec vous, témoins et serviteurs de l’amour brûlant du Cœur du Christ.
 
A la fin de cette messe, après avoir reçu le plus grand des dons de Dieu - le Seigneur Jésus Christ en personne, nous prierons pour que la Bonne Nouvelle soit toujours proclamée - nous prierons pour vous et avec vous chers frères Oblats : « que cette eucharistie offerte en mémoire de lui, comme il nous a dit de le faire, augmente en nous la charité ».

Téléchargez l'homélie au format PDF