Cathédrale de Monaco
19 novembre 2020

HOMÉLIE FÊTE NATIONALE 2020
S.E.R. Monseigneur Dominique-Marie DAVID

 

Malgré les circonstances qui marquent la Fête Nationale 2020, nous sommes rassemblés dans la joie autour de notre Prince Souverain, pour lui manifester notre reconnaissance, mais aussi pour le remettre à la grâce de Dieu. Nous prions aussi pour sa famille et notre pays. Sachez que je suis personnellement honoré, heureux et touché de vivre pour la première fois cet évènement. 
 
 

Un nouvel élan de fraternité

Cette célébration est forcément un peu plus grave que celles des années précédentes et il me semble bienvenu que nous demandions ensemble à Dieu le secours de sa grâce. Nous voulons lui demander du réconfort, nous voulons lui demander plus de paix, nous voulons lui demander plus d’espérance. Mais en nous voyant rassemblés aujourd’hui, mon désir plus immédiat est de lui demander un nouvel élan de fraternité. Si, comme vient de nous le rappeler le Pape François, la fraternité est essentielle pour le monde, elle est aussi constitutive de notre Principauté. 
 


Frères, donc fils : fils de nos pères, enracinés dans notre histoire

Fratelli tutti… Mais, pour être frères, il nous faut d’abord être fils…Accepter d’être fils, c’est consentir à avoir reçu la vie d’un autre que nous-même. Cela commence en prenant conscience de notre histoire. Nous sommes tous enracinés dans une histoire. C’est vrai individuellement et collectivement. Dans sa dernière encyclique, le pape François, souligne justement à quel point chacun est enraciné dans un peuple particulier et inscrit dans l’histoire. Si nous lisons bien le texte, nous comprenons très vite que la fraternité que le Pape nous donne comme programme n’a rien à voir avec une utopie universaliste et abstraite. Elle est très enracinée et très concrète.
 
Après avoir déploré le déracinement, il s’adresse aux jeunes : « Si quelqu’un vous fait une proposition et vous dit d’ignorer l’histoire, de ne pas reconnaître l’expérience des aînés, de mépriser le passé et de regarder seulement vers l’avenir qu’il vous propose, n’est-ce pas une manière facile de vous piéger avec sa proposition afin que vous fassiez seulement ce qu’il vous dit ? Cette personne vous veut vides, déracinés, méfiants de tout, pour que vous ne fassiez confiance qu’à ses promesses et que vous vous soumettiez à ses projets. C’est ainsi que fonctionnent toutes idéologies de toutes les couleurs qui détruisent (ou dé-construisent) tout ce qui est différent et qui, de cette manière, peuvent régner sans opposition. Pour cela, elles ont besoin de de jeunes qui méprisent l’histoire, qui rejettent la richesse spirituelle et humaine qui a été transmise au cours des générations, qui ignorent tout ce qui les a précédés ».
 
Si petit soit notre pays, il est grand de par son histoire et sa culture, il est grand en tous ceux qui, génération après génération ont su transmettre avec courage et persévérance le trésor qui leur avait été confié et dont nous vivons avec joie aujourd’hui. Voilà pourquoi, en ce début de mon ministère épiscopal, j’ai souhaité porter mon attention pastorale sur les jeunes générations et sur la question de la transmission. Dans une période aussi déroutante et troublée que la nôtre, il nous faut des racines pour tenir debout. Et il en faudra à nos enfants et petits-enfants pour affronter les défis de demain.
 


Frères, donc fils : fils de notre Père, enracinés dans la foi

Pour être frères, il nous faut d’abord être fils… Toujours dans l’encyclique du Pape, nous lisons ceci : « Nous, croyants, nous pensons que sans une ouverture au Père de tous, il n’y aura pas de raisons solides et stables à l’appel à la fraternité. Nous sommes convaincus que c’est seulement avec cette conscience d’être des enfants qui ne sont pas orphelins que nous pouvons vivre en paix avec les autres. En effet, la raison, à elle seule, est capable de comprendre l’égalité entre les hommes et d’établir une communauté de vie civique, mais elle ne parvient pas à créer la fraternité » (n. 272). Il faudra donc que nos racines soient profondément établies, au-delà même du Rocher visible sur lequel nous nous tenons. Si petit soit notre pays, il peut être grand de par l’héritage spirituel qui nous anime encore et que nous devrons transmettre.  « Deo Juvante », voilà ce qui, à Monaco, nous rappelle que nous ne sommes pas orphelins. Pour pouvoir tenir debout, il faut parfois accepter de se mettre à genoux.
 
 

La vraie grandeur ne se mesure ni à la taille ni à la superficie

Monseigneur, on m’a rappelé récemment un épisode de la vie de votre saint patron : saint Albert. On raconte que lorsqu’il se présenta la première fois, au pape Alexandre IV, qui ne l’avait jamais vu auparavant, celui-ci l’accueillit gentiment en lui disant : « Maître Albert, levez-vous ! » et saint Albert de répondre : « Votre Sainteté, je suis déjà debout. » Saint Albert était petit, tellement petit que le Pape pensait avoir devant lui un homme agenouillé. Sa petitesse corporelle en revanche n’avait pas pu empêcher ses contemporains d’appeler Maître Albert « le Grand », tellement la renommée de l’ouverture et de l’universalité de son esprit était connue et admirée par tout l’Occident.  Le titre d’Albert le Grand ayant déjà été attribué à votre saint patron, nous prierons simplement pour Vous, en demandant avec le roi Salomon, qu’il Vous accorde le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner et tout ce dont Vous avez besoin pour présider aux destinées de notre Principauté.
 
Comme la vraie grandeur ne se mesure ni à la taille ni à la superficie, nous allons avec Vous prier pour notre pays, afin qu’il rayonne du trésor spirituel qu’il porte et continuera de porter, « Restez en tenue de service », nous rappelle l’évangile de ce jour, « votre ceinture autour des reins et vos lampes allumées ». Puisse notre Principauté demeurer en tenue de service et garder sa lampe allumée. Puissions-nous, unis par une profonde estime fraternelle, fondés sur l’héritage reçu de nos pères et enracinés dans notre foi au Christ être, pour le monde, témoin d’espérance et de fraternité.
 
Diu sempre n'agiüterà
E ren nun ne scangera.