Bailliage de Monaco

« Miséricorde et non justice »…

Le 25 septembre dernier a eu lieu en Principauté la 21ème édition de la Journée Européenne du Patrimoine. Le thème retenu était « Le patrimoine sacré de Monaco ». À cette occasion les pénitentes et les pénitents de la Vénérable Archiconfrérie de la Miséricorde ont accueilli les visiteurs afin de leur faire découvrir  les richesses patrimoniales de leur oratoire, la Chapelle de la Miséricorde, qui a fêté cette année le 370ème anniversaire de son inauguration.

Depuis le XVème siècle n’existait à Monaco que la confrérie des pénitents blancs qui avait leur propre oratoire devant l’ancienne église paroissiale de Saint-Nicolas sur l’emplacement actuel du Palais de Justice. Mais au début de l’année 1639, des divergences se sont manifestées au sein même des pénitents blancs, pour un motif tellement futile qu’on peut facilement imaginer que ces dissensions étaient préméditées. Toujours est-il qu’au moment des faits, une partie des pénitents quitta la confrérie et décida de s’établir séparément dans la grande rue - actuelle rue Comte Félix Gastaldi - pour fonder une compagnie distincte.


Ce fut là l’origine de la nouvelle confrérie dite des Pénitents noirs de la Miséricorde. Le Prince Honoré II approuva tout de suite cette nouvelle pieuse compagnie, accepta d’en être le premier prieur et lui permit de s’établir provisoirement dans la chapelle Ste Barbe, sur la Place d’Armes (aujourd’hui Place du Palais) où elle se réunit officiellement pour la première fois le 22 mai 1639 en attendant la construction de son propre oratoire.


De son côté, l’autorité ecclésiastique favorisa le développement de cette nouvelle association et lui permit rapidement de s’ériger en Confrérie, après en avoir approuvé les statuts. Quelques jours auparavant, le 13 juin 1639, en présence du Prince Souverain et de son fils, après la messe chantée en l’église Saint Nicolas, par le curé Don Dominique Pacchiero, douze coups de canon ayant été tirés en guise de salve, on se rendit processionnellement à l’endroit où se trouve actuellement la chapelle de la Miséricorde. Là,  le prince Honoré II posa la première pierre de l’édifice qui devait abriter la nouvelle confrérie, placée sous les auspices de Notre-Dame de la Miséricorde.


Elle fut inaugurée le 28 janvier 1646 et l’on dit que c’est grâce aux dons généreux dictés par la piété édifiante de ses membres que ce lieu de culte a pu être progressivement aménagé et embelli. Cette année-là, le prince Honoré II avait fait prier l’évêque de Nice (avant 1887 la Principauté dépendait de l’évêché de Nice), Mgr Palettis, de venir présider la fête de Sainte-Dévote, qui était, comme elle l’est encore aujourd’hui, célébrée avec beaucoup de solennité. Le lendemain, nous rapporte Don Pacchiero, l’évêque se rendit à l’église paroissiale de Saint-Nicolas, y célébra la sainte Messe, puis se dirigea vers la Chapelle de la Miséricorde. Là, revêtu d’une chape blanche, mitre en tête, crosse en main, l’évêque bénit la dite chapelle, selon la forme prescrite par le rituel romain. Le Prince, qui, ainsi que nous l’avons dit, était prieur de la confrérie, fit tirer une salve d’artillerie de douze coups de canon, puis pour la première fois, un prêtre monégasque, l’abbé Laurent Bosio, chapelain de la Confrérie, célébra la Messe.

On mit donc six ans et demi à bâtir cette chapelle devenue, depuis le 12 octobre 1813, après la fusion des pénitents blancs et des pénitents noirs, l’oratoire de la Vénérable Archiconfrérie de la Miséricorde où des générations de Monégasques sont venues implorer les grâces de cette Mère de Miséricorde.

Cette Mère de Miséricorde, auprès de laquelle l’Archiconfrérie, la veille, c’est-à-dire le 24 septembre, est venue s’engager dans la grâce du Jubilé. En effet le service diocésain des Pèlerinages de Monaco a organisé, en cette Année Sainte de la Miséricorde, au sanctuaire de Notre-Dame de la Miséricorde de Savone, sous la présidence de Mgr Bernard Barsi, archevêque de Monaco, un pèlerinage auquel ont participé en tenue les pénitentes et pénitents de l’Archiconfrérie de la Miséricorde de Monaco et de l’Archiconfrérie de la Miséricorde de Menton. En passant la Porte Sainte de ce sanctuaire, fondé pour célébrer l’apparition de la Vierge Marie à Antonio Botta le 18 mars 1536, chacun a pu « faire l’expérience de l’Amour de Dieu qui console, pardonne et donne l’espérance » (Pape François)

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Les pénitentes et pénitents de l’Archiconfrérie de la Miséricorde de Monaco et de l’Archiconfrérie de la Miséricorde de Menton devant le sanctuaire Notre-Dame de la Miséricorde de Savone.

Légende photo 2
La Vierge de Savone, en bois polychrome, offerte à la chapelle de la Miséricorde de Monaco vers 1900 par Mgr Baud et attribuée à l’atelier génois d’Anton Maria Maragliano (début XVIIIème siècle). Elle représente l’apparition de la Vierge Marie à Antonio Botta de Savone le 18 mars 1536.