Lecteurs



 

LES LECTURES DE LA MESSE,
ou comment
FAIRE ENTENDRE LES SOURDS ET PARLER LES MUETS

La paroisse Saint-Charles fait généralement l'admiration : c'est une église vivante, magnifique, propre et bien décorée, le curé est dynamique, la chorale chante bien (si, si !), l'orgue est un bijou, les fidèles sont sympathiques, les catéchistes sont dévoués, etc.

Dans ce concert de louanges il existe pourtant une fausse note : il y a un problème de sonorisation.
En un sens, c'est heureux, parce que sinon tout serait parfait, alors que la perfection est réservée à Dieu seul.
D'autre part, c'est ennuyeux, parce que la Parole de Dieu est l'essence de notre foi et qu'il est de notre devoir de la faire entendre.

Lire, entendre, écouter : voici donc quelques petits conseils pratiques

Avant tout, que ceux qui écoutent soient indulgents.

A l'origine, l'acoustique de l'église est conçue pour une liturgie antérieure à Vatican II, c'est-à-dire pour une liturgie chantée. Dans ce cas de figure, la réverbération (l'écho) amplifie et porte le chant ; la chair se trouve au milieu de la nef et le prédicateur se trouve au pire à une dizaine de mètres de celui qui l'écoute.

(à gauche le même lecteur lit, à droite il chante : l'intensité sonore est plus importante)

Aujourd'hui, les choses ont changé et sont plus difficiles. Le fidèle placé au dernier rang de l'église se trouve à plus de 30 mètres du lecteur ; les lecteurs ont une voix moins puissante car ce sont en majorité des femmes, et la sonorisation, aussi perfectionnée soit-elle, a besoin d'être constamment réglée pour s'adapter à la voix du lecteur ou au nombre de fidèles car l'acoustique n'est pas la même selon qu'il y a 50 ou 300 personnes dans l'église. Or, nous manquons cruellement d'ingénieur du son et, de toute évidence, ceux ou celles qui voudraient remplir cet office rendraient un grand service à la paroisse. Cela est à la portée de tous, mais on manque de volontaires.

Se pose également le problème de la langue. Nous employons des textes en français, mais les fidèles et les lecteurs qui sont de langue maternelle française ne représentent réellement qu'une faible minorité. Ainsi est faite notre communauté et cela impose quelques concessions et un peu d'effort d'adaptation.

En réalité, n'entend bien que celui qui est disposé à écouter et, un peu comme à l'école, ceux qui squattent systématiquement les derniers bancs de l'église doivent faire le choix de se rapprocher. Peut-être est-il bon de leur rappeler que Monsieur le Curé “ ne mord pas.”

Enfin, rien ne vaut la pratique. En effet, on a constaté que tous ceux qui franchissent le pas et acceptent de faire des lectures arrêtent de se plaindre.

Voici maintenant, pour ceux qui aimeraient lire mais que l'inexpérience retient, quelques conseils pratiques :

Tout d'abord, ne restez pas au fond de l'église.

A votre arrivée, signalez au prêtre, à l'animateur ou aux autres lecteurs que vous souhaitez faire une lecture.

Si vous ne l'avez pas encore fait, prenez la feuille de liturgie et imprégnez-vous du texte. Non seulement vous ne serez pas surpris par des noms ou des phrases "difficiles", mais ce que vous direz sera plus convaincant.

Au moment de la lecture :

- lever ou abaisser l'estrade de l'ambon selon votre taille,
- vérifier que le lectionnaire est à la bonne page,
- vérifier que le micro est bien allumé et orienté dans l'axe de vos lèvres, mais un peu en dessous,
- à la fin de la lecture ne pas oublier de dire la phrase : "Parole du Seigneur".

Pour la diction :

- parlez fort comme si il n'existait pas de micro.
- parlez lentement en articulant bien chaque syllabe, comme si vous aviez une pomme de terre brûlante dans la bouche. Si vous n'avez pas de pomme de terre, faites comme saint Charles Borromée, entraînez-vous avec des petits cailloux. Un crayon entre les lèvres fait aussi l'affaire.
- respectez la ponctuation : virgules et points,
- respectez un temps d'arrêt tous les 4 ou 5 mots, et reprenez votre respiration à la fin des lignes du lectionnaire (tous les livres liturgiques sont paginés ainsi)
- ne lisez pas de façon scolaire en laissant tomber la voix à la fin des phrases, au contraire,
- prenez l'habitude de respecter l'accent tonique de la dernière syllabe,
- ne mangez pas la fin des mots et faites bien entendre le “e” final,
- ne déclamez pas le texte et abstenez-vous de tout effet théâtral,
- si votre voix est grave, parlez sur un ton plus aigu et inversement si elle est aiguë,
- les consonnes “T” et “P” sont extrêmement sonores et provoquent de véritables explosions dans le micro : prenez l'habitude de les modérer.
- un petit accent étranger à son charme, mais évitez de prononcer les "u" "ou" et le "e" "é",
- si vous lisez le psaume ou le verset de l'alléluia, évitez de chanter si vous manquez d'assurance,
- inspirez-vous des professionnels : regardez comment parlent les hommes politiques, les speakers de la TV ou de la radio.
- Après la messe, demandez éventuellement à un ami sur quels points vous pourriez vous améliorer.

Tout cela peut se résumer par une boutade : vous ne vous adressez pas au micro (vous n'arriverez jamais à le convertir), vous ne vous adressez pas aux fidèles (à la fin de la lecture ils auront déjà oublié ce que vous avez dit), adressez-vous seulement et uniquement à la porte du fond, parce que les portes, elles, ont des oreilles.

 

Voici maintenant les sinusoïdes de l'enregistrement de la Lettre de saint Jacques lue à l'église par trois lecteurs différents, aux messes de 8H30, 10H30 et 12H00, le 27 septembre 2009, avec les mêmes réglages du micro.

sinusoide trois lecture du meme texte

De toute évidence, seul le lecteur du milieu parle suffisamment fort, même les fidèles assis au dernier banc pourront l'entendre clairement ; mais cependant, il n'aère pas assez son texte, comme le fait le lecteur de droite. Donc les fidèles auront du mal à le comprendre.

 

micro désaxé

Autre problème fréquent, le micro n'est pas orienté vers les lèvres du lecteur. (D'où la fameuse expression, "veuillez parler dans le micro")

 

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“Également, chaque fois qu´on leur demandera d´exercer un ministère ou une fonction particulière dans la célébration, en particulier pour proclamer les textes de la Sainte Écriture, les fidèles ne refuseront pas de se mettre avec joie au service du peuple de Dieu.” (PGMR).